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undefinedJe vous avais déjà parlé de Florian Zeller, avec La facination du pire, un de ses romans dont l'histoire se déroule en Egypte. J'avais déjà apprécié son regard sur l'occidental en voyage, ses dérives...Je continue à découvrir cet auteur avec Les amants du n'importe quoi et voilà que je tombe sur un passage où il décrit son aversion pour les touristes. Vous savez, ceux qui veulent tout faire, tout voir, mais qui ne regardent pas et ne s'interessent pas, ou font leurs interessants! De l'autre côté il y a ceux qui fuient les édifices incontournables, qui ne demanderont jamais leur chemin et qui chercheront quelque chose d'impalpable, une atmosphére, des impressions nouvelles, de l'imprévu!
Nous sommes un peu l'un et l'autre il me semble (mettons à part les cars imbéciles).
Il y a des lieux que l'on ne voudra pas manquer, et notre parcours sera aussi particulier du fait de notre sensibilité.

Zeller compare le voyeurisme que son personnage Tristan a pour toutes les femmes (autres que la sienne évidemment)  à celui des touristes à l'égard d'une ville. En d'autres termes, il critique de sa belle plume les cons...

Extrait :

Dans la rue, il était de plus en plus attiré par les silhouettes qu'il croisait, et l'interdit donnait à tout ce qu'il ne vivait pas une  saveur trop brutale. En imaginant le regard qu'il  pouvait poser sur les femmes, je pense à la façon dont un touriste regarderait une ville. Selon les guides, il y a un certain nombre de choses à voir, des monuments , des fontaines, des choses jugées indispensables pour obtenir une vue générale d'un lieu. Pour ma part, j'ai résolu de ne plus jamais visiter les villes dans lesquelles je suis amené à passer. C'est le seul rempart que j'ai trouvé à l'indicible vulgarité du tourisme.

La visite est une façon de réduire un lieu à sa dimension la plus anecdotique et ne permet pas de pénétrer son mystére, sa subtilité, sa part d'éternité.J'étais à Rome, il y a quelque temps, et j'ai assisté à une scéne qui me semble bien résumer ce que contient le regard de Tristan. Devant le Forum est arrivé un car de touristes. Dés qu'ils sont entrés dans le champs du monument, ils l'ont pris en photo sans même attendre de descendre du véhicule, avec une frénésie, une rapidité d'exécution terrifiantes. Que craignaient-ils  de manquer de la sorte? Au fondement du tourisme, il y a la peur de passer à côté des choses essentielles, de ne pas rentabiliser son voyage. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'on se procure un guide dans lequel on trouve ce qu'il faut "impérativement" avoir vu. On enchaîne les monuments sans plus jamais rechercher l'émotion; ce qui est répertorié dans le guide devient le seul, le misérable critère d'appréciation de la beauté. L'objectif devient presque d'additionner les photographies, lesquelles deviendront bientôt les premières pièces à conviction d'une ambition microscopique, celle de dire:" J'ai fait Rome". Dix photos. Et bientôt : "J'ai fait l'Italie."Quinze photos. Ils me font penser à ceux qui lisent "tout Balzac". Certaines personnes travaillent toute l'année pour s'offrir ce genre de malentendu.
Le mieux serait sans doute de se laisser porter par un lieu, de se défaire  de la peur de ne pas être au bon endroit. A Rome, je n'ai vu aucun des monuments jugés indispensables. J'ai pénétré cette ville dans une complète soumission au hasard. Des accidents insignifiants décidaient de mon chemin : le vide d'une place, la silhouette d'une femme, le mystére d'une ruelle. C'est ainsi que je comptais capturer des fragments de la beauté romaine.
C'est ainsi que Tristan a rencontré Amélie. Cette rencontre est l'antithèse de la vulgarité : elle apparaît dans la rue, et depuis elle est là, dans sa vie. Cette réalité suscite en lui une violence à peine étouffée. Il pense à tout ce qu'il manque en étant auprés d'elle, et c'est justement la peur de ce manque que l'on retrouve dans ses yeux lorsqu'il regarde les autres femmes marcher dans la rue. C'est un regard de touriste. Il est animé par une curiosité vulgaire : il voudrait les voir nues. Pire, il voudrait se voir au milieu de ces nudités, comme un touriste se laisse prendre en photo devant un monument dont au fond il se moque éperdument.
Est-ce à dire que Florian est vulgaire? Je dirais plutôt qu'il est attiré par une certaine forme de vulgarité, qui est toujours une promesse plus ou moins consciente du coït. De plus en plus, Tristan pensait à des histoires sans lendemain, des histoires qu'il pourrait facilement cacher à Amélie. L'idée de coucher avec une autre femme devenait maintenant une idée fixe. A la limite, peu importait la femme. Peu importait le monument.
Ses tourments continuèrent jusqu'au soir par lequel cette histoire aurait pu commencer. Amélie était partie deux jours pour voir sa mère à Rennes. Tristan invita à dîner une certaine O., une fille qu'il avait croisée dans une soirée plusieurs jours auparavant. Elle lui proposa d'aller dans un restaurant Italien qu'elle connaissait bien.
Pendant le dîner, ils discutèrent de ce dont il faut discuter pour que l'on finisse dans un lit. Les reliques de la civilisation. Faire le raffiné, le doux, l'intelligent. Je déteste mon époque.

photo Flickr

Tag(s) : #Lectures : surtout du polar...

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